Alors que les tatouages sont en plein essor, les risques sanitaires associés font l’objet d’une attention croissante. Une étude s’est penchée sur le lien potentiel entre la pratique des tatouages et le risque de mélanome cutané, dont l’incidence a fortement augmenté au cours des trois dernières décennies.

En France, près de 17 % de la population serait tatouée1 (soit une personne sur 6) et 20 % en Suède. La toxicité des encres de tatouage a été pointée du doigt en raison de la présence de composés potentiellement cancérigènes (ex : hydrocarbures aromatiques polycycliques, amines aromatiques, métaux lourds). Depuis janvier 2022, l’UE impose des limites sur les concentrations de 4 000 produits chimiques entrant dans la composition des encres de tatouage (norme REACH2). Une équipe de chercheurs s’est intéressée à l’existence d’une éventuelle association entre le fait d’être tatoué et le risque de développer un mélanome cutané (MC), avant l’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation. Cette étude visait à évaluer si, et dans quelle mesure, la présence de tatouages était associée à un surrisque de MC au sein d’une population suédoise.

Une étude cas-témoins populationnelle a été menée sur 2 880 patients porteurs de MC (nævus mélanocytes atypiques, MC in situ ou extensifs), âgés de 20 à 60 ans (âge médian = 51 ans [écart interquartile : 43 - 56]) au moment du diagnostic en 2017 (année de référence), issus du registre national du cancer suédois. Chaque cas a été apparié, de manière aléatoire, avec 3 témoins d’âge et de sexe comparable, sélectionnés dans le registre de la population totale (« Swedish Total Population Register »). 22 % des cas (N = 354/1598) étaient tatoués avant la date de référence, contre 20 % des témoins (N = 815/4097). La présence/absence de tatouage et les facteurs confondants potentiels ont été recueillis auprès des participants entre février et avril 2021 via un questionnaire structuré. Le risque relatif de MC par rapport aux tatouages, estimé par des régressions logistiques multivariées, a été rapporté sous forme de rapports de taux d’incidence (IRR) ajustés.

Les résultats de l’étude, publiés en novembre 2025 dans le European Journal of Epidemiology3, révèlent que les patients tatoués avaient un risque ajusté de mélanome cutané supérieur à celui des non-tatoués, avec un IRR de 1,29 (IC 95 % : 1,07 - 1,56). Des analyses de sensibilité ont montré une variation du risque selon le laps de temps écoulé entre le premier tatouage et la date de référence. Par exemple, une durée de 0 à 5 ans était associée à un IRR de 1,60 (IC 95 % : 0,99 - 2,58) et une durée de 10 à 15 ans à un IRR de 1,67 (IC 95 % : 1,09 - 2,56), par rapport aux patients non-tatoués. Par ailleurs, des analyses par sous-groupe, selon le type de MC, ont indiqué que les patients tatoués présentaient un surrisque pour certains types de mélanome ; IRR de 1,40 (IC 95 % : 1,03 - 1,90) pour le mélanome superficiel extensif et IRR de 1,39 (IC 95 % : 1,05 - 1,85) pour le nævus mélanocytaire atypique.

D’après ces résultats, les tatouages pourraient représenter un facteur de risque potentiel pour le mélanome cutané. Cependant, des études complémentaires seront nécessaires pour valider ces observations et identifier une éventuelle relation causale.

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